23/12/2024

Le Quartier Saint-Nicolas de A à Z : quand un quartier prend la parole

Par Admin

Et si un quartier pouvait s’écrire lui-même ?

C’est le pari qu’ont relevé, pendant plusieurs mois, des habitant·e·s du quartier Saint-Nicolas à Namur. Chaque lundi, au Cinex, ils et elles se sont retrouvé·e·s pour partager, débattre, questionner… et surtout construire ensemble une parole collective.

De ces rencontres est né un projet singulier : « Le Quartier Saint-Nicolas de A à Z », un dictionnaire amoureux entièrement imaginé, écrit et illustré par ses habitant·e·s.

Mais derrière cet objet culturel, c’est avant tout un véritable processus d’éducation permanente qui s’est déployé.

Partir du vécu : observer, raconter, questionner

Tout commence par une réalité concrète.

Les participant·e·s expriment un malaise face aux transformations de leur quartier : nouveaux aménagements, évolution du cadre de vie, sentiment d’être parfois mis à l’écart des décisions.

Ces ressentis deviennent un point de départ.
On échange, on confronte les expériences, on arpente le quartier, on partage des souvenirs.

Ce travail d’observation critique permet de transformer des impressions individuelles en une compréhension collective des enjeux.  

Comprendre ensemble : analyser les mécanismes

Très vite, les discussions dépassent le simple témoignage.

Le groupe identifie des dynamiques plus larges :

  • évolution urbaine et gentrification,
  • place des habitants dans les décisions,
  • transformation de la mémoire et de l’identité du quartier.

Ce moment d’analyse collective est essentiel : il permet de relier les vécus individuels à des réalités sociales, politiques et économiques plus larges.

On ne subit plus : on comprend.

Agir autrement : créer, interpeller, transmettre

Plutôt que de rester dans le constat, le groupe choisit d’agir.

Et il le fait à sa manière :

  • en écrivant,
  • en illustrant,
  • en racontant leur quartier,
  • en valorisant ce qui compte pour eux.

Le dictionnaire devient alors bien plus qu’un livre : un outil d’expression citoyenne et d’interpellation douce.  

Le 17 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté, une lecture publique est organisée. Un moment fort où parole citoyenne, expression artistique et mobilisation collective se rejoignent.

Reprendre sa place dans le débat

Au fil des ateliers, quelque chose change.

Les participant·e·s ne sont plus seulement des habitant·e·s : ils et elles deviennent auteur·rice·s, porteur·se·s de parole, acteur·rice·s du débat démocratique.

Ils interpellent, rencontrent d’autres acteurs, sollicitent même une préface du Bourgmestre.

Ce processus permet de :

  • renforcer la confiance en soi,
  • légitimer la parole des publics souvent invisibilisés,
  • créer des ponts entre citoyens, associations et institutions.

Une dynamique collective ancrée dans le territoire

Ce projet n’aurait pas été possible sans un ancrage local fort.

Mené en partenariat avec le Cinex, il s’inscrit dans un quartier populaire riche de sa diversité, mais aussi confronté à de nombreuses réalités sociales.

Au total :

  • 33 participant·e·s se sont impliqué·e·s,
  • sur plus de 110 heures d’ateliers,  
  • avec une implication croissante et un noyau stable qui s’est constitué.

Au-delà des chiffres, c’est surtout une dynamique collective durable qui s’est construite.

L’éducation permanente, concrètement

Ce projet illustre pleinement ce qu’est l’éducation permanente :

  • Partir du vécu des personnes.
  • Favoriser l’expression et l’analyse collective.
  • Transformer cette réflexion en action
  • Renforcer la participation citoyenne.

L’éducation permanente ne se limite pas à transmettre des savoirs. Elle permet aux personnes de reprendre du pouvoir sur leur réalité.

Un message du cœur… et un acte politique

« Le Quartier Saint-Nicolas de A à Z » n’est pas un manifeste.

C’est un message sensible, humain, ancré dans le vécu.

Mais c’est aussi, sans en avoir l’air, un acte profondément politique : celui de dire “nous sommes là, et notre parole compte.”