« Ceci n’est pas… » : quand un quartier interroge les droits humains
Après avoir écrit leur quartier à travers le dictionnaire Le Quartier Saint-Nicolas de A à Z, puis porté cette parole sur scène lors de l’ART’Souillade, les habitant·e·s du quartier Saint-Nicolas ont poursuivi leur réflexion dans une nouvelle direction. Cette fois, il ne s’agissait plus seulement de raconter leur territoire ou de faire entendre leur voix, mais d’interroger plus largement les droits humains à partir de leur propre réalité.
Des droits universels… mais inégalement vécus
Ce nouveau projet est né d’un constat partagé au fil des discussions. Les violations des droits humains apparaissent le plus souvent, dans l’actualité et les discours médiatiques, comme des situations lointaines, associées à des conflits internationaux ou à des crises extrêmes. Pourtant, les participant·e·s observent dans leur quotidien des réalités qui, sans être spectaculaires, n’en sont pas moins problématiques : difficultés d’accès au logement, précarité économique, accès inégal aux soins, discriminations ou encore isolement social.
Cette tension entre l’universalité proclamée des droits et leur application concrète a progressivement constitué le point de départ du travail collectif. Elle a permis d’ouvrir un espace de réflexion dans lequel chacun·e a pu relier ces enjeux globaux à son vécu.
Comprendre ensemble à partir du vécu
Comme dans les projets précédents, la démarche s’est construite à partir des expériences des participant·e·s. Les échanges ont permis de faire émerger les droits qui semblaient les plus directement concernés dans le contexte du quartier : le droit au logement, le droit à une vie digne, l’accès à la santé, la liberté d’expression ou encore la reconnaissance de la diversité culturelle.
Ce travail d’analyse collective a notamment mis en évidence la manière dont certaines situations locales peuvent être moins visibles ou relativisées dans les discours publics, alors même qu’elles touchent directement les habitant·e·s.
Traduire une réflexion par la création artistique
Le groupe a rapidement exprimé le souhait de donner une forme concrète à cette réflexion. Dans la continuité du travail mené autour du dictionnaire, l’entrée par la création artistique s’est imposée comme une évidence. Inspirés par le surréalisme et par l’œuvre de René Magritte, les participant·e·s ont construit leur projet autour du principe « Ceci n’est pas… ».
Chaque œuvre réalisée met en lumière un droit humain à travers une situation où celui-ci n’est pas respecté. Ce décalage volontaire invite le regardeur à questionner ce qu’il voit et à dépasser les évidences. L’approche artistique permet ainsi d’aborder des enjeux complexes de manière sensible, accessible et ouverte à l’interprétation.
Un processus progressif et collectif
La démarche s’est développée au fil des ateliers organisés entre janvier et juin. Les premières séances ont été consacrées à la découverte et à l’appropriation de la Déclaration universelle des droits humains, en lien avec des situations concrètes. Progressivement, le groupe a exploré différentes approches visuelles et symboliques, notamment à travers un travail sur les images, les signes et les détournements.
Une visite du Musée Magritte est venue enrichir cette réflexion, en permettant aux participant·e·s de mieux comprendre les codes du surréalisme et de s’en inspirer dans leurs créations. La phase de production a ensuite permis à chacun·e de développer une œuvre personnelle, tout en s’inscrivant dans une dynamique collective.

Une exposition pour partager et interpeller
Le projet a abouti à une exposition organisée au Cinex du 6 au 20 juin 2025. Comme dans les étapes précédentes, les participant·e·s ont été impliqué·e·s dans l’ensemble du processus : création des œuvres, scénographie, installation de l’exposition et accueil du public.
Ils et elles ont également assuré la visite inaugurale, présentant eux-mêmes les œuvres et les réflexions qui les accompagnent.
Défendre les droits, à l’échelle du quartier
Au-delà de la production artistique, ce projet rappelle que les droits humains ne sont pas uniquement des principes abstraits ou des enjeux lointains. Ils se vivent, se questionnent et se défendent aussi à l’échelle d’un quartier.
Interroger ces droits à partir du quartier Saint-Nicolas, c’est à la fois affirmer la dignité de celles et ceux qui y vivent et rappeler que l’universel prend toujours racine dans le concret.