13/02/2026

Tournai, ville d’art et d’histoire… textile !

Par Arthur PREUMONT

JEUDI 12 FÉVRIER 2026 

En octobre 2025, nous visitions la ville de Tournai, sa splendide cathédrale bien sûr, les quais de l’Escaut ou encore sa Grand-Place. Séduits par son architecture, nous avons rapidement compris que Tournai méritait d’autres visites. Ainsi, quatre mois plus tard, nous remettions le cap sur la Wallonie picarde pour en apprendre davantage. 

Pour cette nouvelle venue, nous avons choisi le musée de la Tapisserie (TAMAT) afin de comprendre en quoi Tournai fut autrefois l’un des centres lissiers les plus importants d’Europe. Ensuite, nous avons poussé les portes du musée des Beaux-Arts, installé dans un superbe bâtiment signé Victor Horta. Mais avant cela, nous avons pris des forces sur la Grand-Place, à la Brasserie Tiffany, avec un délicieux petit-déjeuner. 


Qu’avons-nous retenu ? 

Tournai fut après Arras l’une des plaques tournantes de l’art lissier au Moyen Âge et au début de la Renaissance. Il faut dire que les tapisseries furent très appréciées en tant que symboles de richesse et en tant qu’outils diplomatiques. Ne soyez donc pas surpris de croiser au cours d’un voyage à l’est ou au sud de l’Europe des tapisseries dont la provenance soit tournaisienne. Les Tournaisiens ont raison d’être fiers de cette spécificité et de la maîtrise de cet art long et fastidieux. D’ailleurs, saviez-vous qu’il existe encore aujourd’hui des formations en soirée et même en journée (Master !) en art lissier à Tournai ? Le TAMAT, quant à lui, ne se contente pas d’être un “simple” musée. Il est également un centre de recherche qui accueille en résidence tout au long de l’année des artistes, mais aussi un atelier de restauration important et de réputation mondiale. De la même manière qu’au Moyen Âge, Tournai est restée l’incontournable de l’art textile. 

Quel plaisir de voir que cet art a su évoluer avec son temps. Alors qu’au Moyen Âge les représentations sont chargées afin de ne pas laisser le moindre espace vide (horror vacui), à la Renaissance on observe une maîtrise de la perspective et, par conséquent, une meilleure lisibilité de ces scènes souvent consacrées à la mythologie ou à l’Ancien Testament. Plus tard viendront les tapisseries modernes, dites du Renouveau, avec des artistes phares tels qu’Edmond Dubrunfaut, Roger Somville, Louis Deltour ou encore Rodolphe Strebelle. Ces derniers ont été les grands représentants de la tapisserie belge exposée notamment à l’exposition universelle de 1937 à Paris, une tapisserie nettement plus décorative et dont les sujets tirent leur inspiration de leur monde actuel. 

Tournai est donc incontestablement une ville d’art. Fort heureusement pour elle, au détour d’un contexte un peu chanceux, et grâce à la réticence de l’administration bruxelloise, elle fut l’héritière de la collection d’un grand mécène bruxellois, Monsieur Henri Van Cutsem. Sans héritier, ce dernier décida de léguer à Tournai une riche collection de tableaux signés notamment par Ensor, Monet, Manet, Seurat, Brueghel, Fantin-Latour… rien que ça ! Pour un tel palmarès, Horta fut nommé pour construire un édifice inscrit dans l’Art nouveau et à la forme tout à fait particulière. En effet, alors que le vol de la Joconde fait scandale, Horta décide d’attribuer à son bâtiment une forme de “tortue” avec en son centre un atrium qui permettrait au gardien d’observer chacune des salles sans bouger d’emplacement ! Ralenti par un manque d’argent et par la Première Guerre mondiale, il faudra près de 25 ans pour que ce projet soit finalement terminé et que le musée puisse ouvrir ses portes. Malheureusement, Henri Van Cutsem ne verra jamais l’écrin de sa collection. 

Pour conclure, retenons qu’il n’est pas toujours nécessaire de partir loin pour être émerveillé. Outre la diversité de ces paysages (forêts ardennaises, côte belge, citadelles médiévales, architecture flamande, patrimoine industriel, etc.), la Belgique peut se targuer de posséder de très belles collections telles que celle de Monsieur Van Cutsem. Alors que certains traversent le monde entier, font la file pendant des heures et se bousculent dans les salles des musées parisiens, nous avons à Tournai des toiles de maître : Argenteuil ou Chez le Père Lathuille (Édouard Manet) ; La Pointe du Cap Martin (Claude Monet) ; Paysage d’hiver (Pieter Brueghel le Jeune) ; et j’en passe. Alors ne tardez pas vous aussi à mettre le cap sur Tournai, ville d’histoire et d’art (textile) !